Etonnante semaine, à se réconcilier avec l’optimisme.
Pas mon genre. Il faut attendre que le devis soit accepté, puis que la première prestation se déroule correctement, puis que la facture soit honorée. Et peut-être, dans l’attente que le chiffre d’affaires prévu au 31 décembre 2013 soit atteint, je décoche un léger pincement de lèvres synonyme de satisfaction instantanée. C’est toujours ainsi.
Et puis, il y a eu la neige, le froid. Il y a eu ces cinq heures de bouchons sur nationales mercredi après-midi. J’avais de quoi m’énerver, m’agacer, m’emporter, contre le ciel, les intempéries, contre le pays entier, son habitude léthargique, contre les gens qui n’avaient pas de pneus hiver et ceux qui ne faisaient que patiner devant moi, contre les camions non arrêtés autrement qu’en portefeuille et les gendarmes se réchauffant de moulinets de bras inutiles.
Pourtant, je regardais les paysages, les arbres blancs, les horizons qui ressemblaient aux fonds de vallées alpines, la neige par rafales, les congères en formation, les champs immaculés, la nature en gel. J’admirais les forêts sur la route de mes faux raccourcis, elles s’illuminaient des feux des phares, elles jouaient d’ombres et de lumières. Tout était molletonné et au chaud de l’auto, je me plaisais presque à rouler sur la couche glissante.
Le lendemain matin, à peine la pause d’une nuit, le soleil ne réchauffe pas, il est bas. Tout juste quelques chaleurs viennent créer une brume imaginaire au dessus des espaces comme autant de glaciers momentanés. J’évitais la côte centrale de la ville, qui freinait les véhicules autant que les conducteurs endormis. Je prenais la frontière des habitations et des champs. Je surprenais l’homme et son chien. Il avait compris qu’il devait partager cet instant éphémère. Je me stoppe le long du chemin et garde l’instant.
La semaine se termine et le téléphone a sonné. Nous sommes ravis mais rencontrons les vrais difficultés de notre nouveau métier. Je dis qu’il s’agit de stress positif, il vaut mieux l’avoir que de ne pas en avoir l’occasion. Il me dit, voilà trois heures, que nous y arriverons. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore les solutions, nous croisons les doigts pour que la situation se décante lundi. Tout est sur le fil, le démarrage est là, le fil, lui est d’une finesse transparente.
Il n’y a plus ou presque de neige dehors. Je n’ai plus le sourire simple en regardant par la fenêtre. J’avais espéré un week-end serein, ce sera le prochain, ou non, il faut l’accepter.
Bientôt le réveillon. Pour cause de coïncidences, disons de concours de circonstances semble-t-il, gagnés, nous allons passer la veille de Noël à 4. Habituellement, c’était pour le changement d’année. Rien de ne me dérange. Rien ne me parait suspect.
L’an dernier, nous avions prévu un nouvel an à la montagne, je passais alors le réveillon fiévreux, alité, comme un con. A 1400m d’altitude mais dans un pieu à trembloter. J’avais peur que tout 2010 ressemble à ces premières heures de janvier, vous savez, un de ces signes avant coureur que l’on aime interpréter pour… enfin, pour rien, juste pour trouver une explication. Je crois que j’entre dans le bilan de ces mois passés. Je vais entrer dans les conclusions de mes quarante premières années. J’ai toujours l’impression de l’entre-deux, la période charnière, l’intermédiaire, et je ne sais pas encore comment tout cela va basculer. Une idée me trotte, avec des images et des expressions qui disent pain blanc, pain noir, de ce que j’ai déjà mangé. Disons que je suis au milieu, au centre de ma vie.
Comme l’homme et son chien, j’avance vers la brume, si je regarde derrière moi, tout est encore net, en face, tout est brouillard. Je reste curieux.