‘tain, forêt à gauche, forêt à droite au milieu, -9°C. Je ne croyais pas l’affichage du tableau de bord. Et puis, il ne manque plus qu’un Grenelle politique de la météo. La neige revient, dingue, c’est l’hiver, la saison où on doit donc s’étonner de se peler les meules. L’homme ne contrôle pas la température extérieure comme sa climatisation estivale. Il faut s’en désoler, ou attendre que, tel une bonne Chine, on fasse exploser des pétards au ciel pour réchauffer ou chasser les nuages.
‘erde quoi, c’est l’hiver. En fait non, c’est encore l’automne. Il n’y a rien de plus triste en cette fin d’année que de perdre vingt minutes de JT par soir sur les chutes de flocons et de cons tout court. Au dehors, le camion qui sale passe. Il fait du bruit ce bazar municipal qui disperse le sel pour que les administrés ne fassent pas de procès à la municipalité en cas de gamelles de trottoirs.
Hier, premier client mécontent. Avec raison, et sans contestation, nous avons fait une prestation de chiotte. Enfin, je dis nous car, nous assumons nos salariés. Pourtant, ce n’est pas bien compliqué notre job. Il demande un peu d’huile de coude, un sourire et une dose de bon sens, si ce n’est simplement de l’observation. A croire que dans ce monde terraformé, réfléchir est devenue une option.
Alors ça nous gonfle, nous énerve parce que l’impression d’être toujours obligé de faire soi-même nous vient par erreur à l’esprit. Comme si nous étions seuls dans l’exigence basique. C’est le boulot tout ça.
Et puis, m’étonnant du non versement de mes indemnités chômage pendant la première semaine de décembre, je questionne ma conseillère Pôle Emploi fantôme. Sa réponse est d’une clarté édifiante: “Votre paiement est à valider par notre responsable de site qui est absent pour quelques jours. J'irai le voir pour votre dossier dès qu'il sera là”.
Nous sommes le 14 décembre. Et je m’interroge. Dois-je appeler ma banque pour lui expliquer d’arrêter le prélèvement du crédit car je m’absente quelques jours? Dois-je simplement rappeler ma conseillère, ah non, je n’ai même pas son numéro de téléphone, c’est qu’il ne faut les embêter ces gens-là. Dois-je prévoir une flopée d’insultes, juste pour le principe? Mais non, il ne faut pas prendre de risques face aux services de l’Etat. On ne sait jamais, qu’il y mette de la mauvaise volonté de façon délibérée cette fois-ci.
Alors je me suis vengé sur la société distributrice d’eau qui venait étaler leurs crasses incompétences. Un beau courrier de deux pages pleines d’ironies.
D’une semaine à l’autre, d’espérances aux frustrations. C’est imbécile par moment d’être si convenu, si bien élevé (encore que), si aimable, si tant que ça. Parce que je n’ai pas été fabriqué autrement, je crois, de mémoire que même gamin, je n’ai jamais frappé personne. Sans doute un peu par peur. Peut-être beaucoup. J’ai été assez crétin pour m’interposer parfois, ou croire que je pouvais être un héros de supermarché discount. Sans vraiment fierté, à peine pour lutter contre ces formes d’injustices quotidiennes crées par des plus cons que soi. Y’a une chanson de Bénabar où qui parle d’être le méchant de James Bond. Ouais, j’ai bien envie d’en être un.
Au siècle dernier, un samedi matin, sur pelouse de banlieue, je taclais sèchement un grand balèze aussi abruti et méchant qu’il était grand et balèze. J’avais été bête, je lui avais dit de ne pas trainer dans ma zone et que j’allais faire du petit bois de sa malléole. Il nous cherchait brutalement le con, il se la jouait, comme le font les plus grands et plus bêtes.
Je ramassais par terre ensuite la chaine de cou qu’il m’avait pété et crachait une poignée de gazon. Avais-je cependant rêvé en imaginant une once de respect dans ces attitudes suivantes? Mais à quoi tout cela servait?
Observateur, il ne faudrait plus jamais penser. Cela doit être plus simple de se laisser entrainer par la foule que de tenter d’en rester à la périphérie des courants.
Et ce malheureux preneur d’otages d’enfants de maternelle, armé de ces deux sabres d’apparats, incapable de se faire dessouder par le GIGN alors qu’il n’attendait qu’une mort qu’il était aussi incapable de se donner seul. La méthode est peu reluisante et je ne sais pas s’il aura une seconde chance de vie.
Cette semaine, je ne joue pas.