Comment dire, comment résumer. Il pourrait être question de loi des séries, voire de Loi de Murphy. Quel con ce Murphy, avec ce nom de cabot. Ce sont des semaines comme il y en aura d’autres. Merde, il y en aura d’autres. Bah oui, ce doit être cyclique, l’affaire de la lune, cette imbécile de lune qui était pleine cette semaine. Vous y croyez, vous, aux effets des astres, enfin, ce n’en est même pas un, ce bout de pierre même pas taillée sur les marées et les humeurs.
J’essaye de relativiser, je vous jure, je le tente, cet exploit. Nous avons connu une suite de désagréments, de mauvaises nouvelles, d’incidents en quelques jours, ce type d’évènements improbables, de combinaisons de faits qui se regroupent en quelques heures.
Nous avons reculé d’un seul coup. Nous venons d’accumuler des problèmes que nous réussirons peut-être à évacuer durant les trois prochaines semaines.
Nous –je- sommes trop souples, avec les clients, les salariés. J’y mets de la compassion, de l’humanité, sans retour. Je regrette petit à petit cette attitude compréhensive. Elle fonctionne face à des gens intelligents, honnêtes, intègres. Et je suis roulé dans la farine avec cette autre population.
Je les connais pourtant, ceux qui sont adeptes de l’esclavage moderne, ceux blindés de pognon qui considèrent un service comme un dû, ces femmes de maris bien sélectionnés car elles se font entretenir au dessus de leurs rêves de jeunes filles, ces capricieux(ses), ces gens imbus d’eux-mêmes, surement remplis de frustrations qui se permettent de rejeter à la gueule des humains leurs aigreurs, ces personnes qui ne savent plus se satisfaire, faire confiance, ces imbéciles malheureux d’impolitesse, et tous ceux qui croient tout connaitre du haut de leurs navrantes existences.
Alors je juge. Parce que je suis un peu con aussi. Je n’apprends plus à gérer mes obligations, j’assume pour ceux qui ne le font plus. Un jour, il le faudra, je ne me retiendrai pas. Cela ne me soulagera même pas.
Ce sont des problèmes d’entreprises, de ceux qui essayent de gérer, un peu contre tous, de ceux qui osent encore avoir des utopies, de ceux qui s’épuisent après simplement quelques mois face à la l’état de la société, ou la société d’Etat, de ceux qui sont assez débiles pour maintenir une politique sociale. Je vous le dis, le monde ne devient pas très reluisant. Plus je côtoie, plus je ne voudrais être que tranquille dans un coin paumé loin de tout.
Alors oui, la santé, la famille, je ne devrais pas me plaindre. Pourquoi ne pas se plaindre après tout. Ce sont des problèmes de riches qui risquent à court terme de devenir des problèmes de nouveaux pauvres. Car il est question de temps.
Et puis, il pleut. Là aussi.
Et cette idiote presque sexagénaire sans emploi à qui je tend une main et qui me la rend dans la gueule sous ces petits airs de mémé en ne se présentant pas lors de sa prestation sans même prévenir, et cette autre dame de cinquante ans qui ne trouvait pas de boulot, qui arrivait au bout d’un rouleau, à qui nous avons remis le pied à l’étrier et qui nous lâche parce le travail, finalement, elle voudrait autre chose. Je sais bien qu’elle rentrera dans une nouvelle galère. Est-ce qu’elle s’en doute?
Et le Pôle Emploi, aussi inefficace de l’œil de l’employeur que de celui du chômeur, qui ne répond pas au téléphone le vendredi, sans doute pour préparer le weekend, sans doute pour affiner leur prochaine campagne de publicité mensongère. Non, vous n’êtes pas disponibles, non vous n’apportez pas de solution.
Bien énervé, fatigué dès la tombée de la nuit, quand la tension de la journée retombe un peu, agacé de perdre mes nuits dans mes problèmes après un simple cycle de sommeil de 2, 3 heures. Je reste devant l’écran, inutilement, sans vraiment savoir comment nous allons régler nos difficultés lundi.
Je reste en jogging, avec mon vieux tee-short de 98 qui porte une coupe du monde, ma paire de chaussettes blanches dont une a un trou au talon. Je serai impossible, je vais lire un Roman français de Beigbeder. Je le sais, en ce moment, je ne débranche pas, je ne passe pas à autre chose.
Et cette conne de lune qui redeviendra pleine dans un mois.