lundi 7 février 2011

Pièces vides

Coïncidences de lectures, si étonnantes, si souvent; je finissais le premier tome de Max Gallo de sa série 39-45, Les Patriotes, et je lisais Indignez-vous de Stéphane Hessel. J’apprends, d’un côté comme de l’autre. Les raccourcis des livres d’histoires scolaires sont si simplistes et si faux. Il ne faut plus s’étonner que l’on oublie, de génération en génération.
Alors Monsieur Hessel tente d’attirer notre attention, avec un peu d’utopie, sur l’attentisme qui nous guette. Les pages du petit volume font leur effet, pour peu que nous fassions l’effort de se laisser entrainer. Puis le livre se ferme. Et je ne suis pas plus avancé, si ce n’est un piqure de rappel et des principes.

Du nombre de soirées passées à changer le monde et notre petit quotidien, je me dis que nous n’avançons pas.
Par la fenêtre, tandis que février prend un air de minuscule printemps, intermède ensoleillé et températures surcotées, j’aperçois les gamines qui sortent du collège, bras cassés, sac de marque qui pend au coude, pour faire comme maman, hype et déjà démodées. Est-ce que vraiment, quelque chose changera.

En attendant, je constate, subis l’organisation du pôle Emploi qui n’a jamais aussi mal porté son nom. Et je n’ai pas besoin d’emploi. Je plains les autres. Je dois, par obligation des méandres administratifs être en relation avec trois centres différents mais une seule conseillère qui ne sait rien des autres unités, deux unités de traitement de paperasse distantes de 300 km.
Je reçois, comble de l’ironie, huit mois après mon inscription au chômage, un courrier m’invitant à contacter l’antenne associative de mon village qui pourrait m’aider à trouver un emploi. Le courrier vient d’un des trois centres et donc me confirme qu’il n’existe aucune communication, ni plus de réactivité entre tous ces bâtiments neufs payés par nos impôts.
Cerise sur le gâteau, je suis contacté par des branches de boites d’intérim à qui Pôle Emploi soustraite ces dossiers de placement de chômeurs.

Nicolas s’est mis à dos la Justice. Le dossier de Laetitia est surexposé, utilisé, “démagogisé” alors que le corps n’est toujours pas entier. L’autre ordure, petit apprenti Dexter est toujours vivant. Mam n’en peut plus de dire des conneries et se fait lâcher par ses amis de trente ans.

Dimanche 6 février, Gary Moore est mort, dans son sommeil et sa chambre d’hôtel espagnole.

Gary Moore–Empty Rooms–Live 1987

Riffs de guitares, mélodies, blues, et il se barre à 58 ans. J’ai laissé passer de longues années avant de retrouver, réécouter Empty Rooms. J’avais le live We want Moore de 84 et passais l’air en boucle. J’en ai toujours les frissons, parce que la chanson correspond toujours à quelque chose de l’intérieur. Ou à l’intérieur.

J’écris en suite, à la volée, sans réfléchir et je m’aperçois du lien entre tout ça.
Plus aujourd’hui qu’avant, enfant, adolescent, adulte avec cette idée qu’il y a ces pièces vides. Traduction littérale finalement pas si éloignée des paroles. J’adore ces endroits en dehors de tout qui n’appartiennent qu’à nous. Je ferme les yeux. Je ne sais plus ce que j’y cherche et ne souhaite pas réellement trouver.

Je ferme la porte.

Je pars en air guitar.

Gary Moore–Empty Rooms–1983