vendredi 20 novembre 2009

One more time

Une semaine de plus. Résiste comme dit la chanson.

Je suis impatient et deviens encore plus irritable (certains diront, mais comment fait-il?).
Le petit chef a cette manière innée de mentir et de se foutre de notre tronche, yeux croisés. J’use de la défiance. C’est devenu un jeu.
Dans le bureau du grand patron, être humain que je ne respecte plus, que j’haïs désormais autant moralement que physiquement, je reste trois minutes et ai mon saoul de résistance. Il n’est plus nécessaire d’avancer la main, à peine un bonjour. La tension est palpable.
Je cache les armes, j’essaye que les pommeaux des épées ne dépassent pas des fourreaux, les flingues sont dans le dos et comme dans les films, tiennent par la ceinture du pantalon, les fourchettes et autres objets contendants ne sont des formes dans les poches.

Le dossier est monté, je souhaite ne pas l’utiliser, cela voudra dire que tout se passera bien. Disons, au mieux, ou plutôt, pas trop mal.
La bêtise et l’orgueil humain poussent pourtant à l’irrationalité.
Le temps passe, de quotidien à hebdomadaire, sans visibilité, si ce n’est l’assurance de ne plus se projeter l’an prochain dans ces locaux, dans ce bureau, sur cette chaise, face à cet ordinateur. Combien encore? Deux mois, six mois ?

Mes objectifs sont redéfinis depuis plus d’un an, ce sont des RTT, les semaines de congés. Le week-end est la vraie vie, l’interlude.
Et pourtant, durant ces jours ailleurs, ces soirées hors de la boite, ces nuits au sommeil entrecoupé, l’esprit est pris.
Il s’agit de l’attente, de l’incertitude, des conséquences, de l’inconnu.

Il faut travailler sur soi pour lutter contre l’incontrôlable situation. Un petit pois en conserve, brinquebalé avec ses voisins.
Ce travail, cette tâche, il s’agit de plein temps, non rémunéré, sans turnover. Seul face à la chaine industrielle des neurones qui font passer les questions et les doutes, continuellement, de synapse en synapse.

C’est donc cela, être adulte, c’est être assailli par des choses compliquées, non essentielles, parasitaires et tenter de résister, de contrôler le chaos.
C’est bien cela, nous nous efforçons toute une vie de maîtriser le chaos.

Et là, depuis vingt minutes, curieusement, avec contradiction, en écrivant, c’est une pause.

jeudi 19 novembre 2009

Such a shame (air connu)

Il est des victoires au goût amer. D’ailleurs, il ne s’agit d’ailleurs pas vraiment d’une vraie réussite.
C’est bien la peine de tenter d’éduquer les jeunesses et les adultes du pays avec des grands principes de justice, d’égalité et de fraternité.
Calé dans un canapé vide, ronflement canin aux pieds, cette qualification devient une honte, un sentiment de mal-être.

Il ne s’agit même pas de ce souci d’exemplarité que doit donner le sport professionnel, c’est simplement une absence de bon sens.

Pourtant fan de la première heure, je me force à accepter l’erreur arbitrale, comme un fait de jeu. Partagé entre la satisfaction de voir l’intérêt supplémentaire que sera la présence de la France en Afrique du Sud et le déshonneur de la méthode d’accession, je divague d’un état à l’autre.
D’un sens, je me dis que, pour une fois, l’erreur arbitrale est de notre côté, que bien des matchs perdus par la faute de l’homme en noir s’équilibrent avec la bévue d’hier. Une sorte de grand équilibre statistique.
De l’autre sens, je me dis que ça ne sert à rien d’aller concourir au Graal en juin 2010 avec un ticket d’entrée piraté, qui plus est, contre l’Irlande, irréprochable et méritante.

Mais “ce sont des choses qui arrivent”. L’arbitre n’ayant pas le don d’ubiquité, acceptons l’erreur d’aveuglement. Une faute de plus, ce ne sera pas la dernière pour un match de football, ni la dernière main dans la surface, ni la dernière injustice. Il y avait moyen de faire autrement, une question de l’arbitre, des joies moins intenses, plus modestes. L’Irlande a demandé à la Fifa de rejouer le match, cela ne se fera pas.

Autres choses me choquent au plus haut point: pour une fois, la Fédération Française de Football et la Ligue Professionnel de Football ne se tirent pas mutuellement dans les pattes pour des divergences d’intérêts financiers, les deux organismes ont une même voix : la négation totale et sans compromis du principal fait de match d’hier soir, la main volontaire de Thierry Henry, capitaine de l’équipe de France qui vole l’Irlande d’une compétition méritée.

La France de Sarkozy et sa politique du mérite ne sont encore une fois, qu’un leurre démagogique.
Les institutions nationales du football ne font pas référence, ni amende honorable, ni s’excusent, ni réagissent avec la moindre honnêteté.

Sur le site de la FFF, un article sur Henry: « Henry dans les pas de Thuram ». C’est un comble de mettre en valeur la longévité et la qualité de sa carrière à ce moment là.
Le résumé du match ose ne parler de rien d’autre que du résultat satisfaisant.
Dans les réactions d’après-match, seul un joueur fait référence à « un coup de pouce du destin ».

Sur le site de la LFP : un article reprenant le déroulement de la partie avec uniquement : « Henry contrôlait et centrait en retrait pour Gallas ».

A côté de cela, Trapattoni, sélectionneur de l’Irlande, est irréprochable. Lui, d’origine italienne, avec un palmarès inaccessible au commun des entraineurs, lui de cette nation transalpine traitée de tricheur il y a peu par notre propre entraineur national Domenech n’ayant absolument rien gagné.
Peut-on accepter le comportement des officiels français face à l’interview du Trap’ (à lire résolument sur l’Equipe.fr).
L’italien irlandais de 70 ans est fin et efficace, même s’il s’agit peut-être de manipulation expérimentée de journalistes.

Les médias étrangers se sont emparés de l’affaire et clouent la France au pilori. Avec mérites, puisque nous ne regrettons rien. Cela promet en juin prochain…

Alors donc, l’essentiel est le résultat. Il ne faudrait retenir que cela.
Après partages incessants avec amis et collègues depuis hier soir, 23h30, la seule conclusion est une honte certaine. Une honte que des personnes responsables comme Escalettes, Domenech, Sarkozy, Thiriez n’expriment pas.

La France, donneuse de leçons depuis des siècles, est décidément rentrée dans le rang.
Après, il ne s’agit que de football, de sport, de loisirs. Il ne s’agit pas d’afghans et de frontière, de trafics d’armes, de batailles de clochers politiques.

Alors justement, parce que ce n’est qu’un match de foot, même économiquement rentable, même avec 22 guignols surpayés, parce que ce n’est que ça, cela devrait être plus simple de reconnaître l’erreur, d’avoir la modestie de la victoire, de ne pas “savourer” comme le fait Domenech.

Je supporterai l’équipe de France comme je détesterai définitivement les instances sportives actuelles de mon sport favori.
Je rentre dans ma bulle. Triste, sans fierté, sans goût.

PS: Et je n’ai pas entamé une moindre ligne sur l’absence de fond de jeu, l’insipide façade de l’équipe, l’inexistence totale de mental, bref sur la nullité du football français, à l’image de son sélectionneur qui arrive à me plonger dans des abymes de perplexité.

jeudi 12 novembre 2009

Message compulsivement réfléchi (et inversement)

J’étais l’impulsivité.
Ma mère me croyait malade par moments. C’était l’expression de la nervosité, de caprices d’enfant gâté, le résultat d’une résistance de la vie face à mes volontés, les frustrations.
Ces réactions ont entrainé de vraies erreurs de jugement, des absences de sagesse, des regrets, souvent.
La Nature revient au galop et c’est bien normal.
J’étais la spontanéité.
Je répondais la phrase qui se composait dans mon cerveau, je m’exprimais dans un réflexe irréfléchi.
Si je réfléchissais, je devenais pourtant moins naïf. Je préférais, sans le savoir, l’humour de la bêtise instantanée au bon mot exercé.
Mais depuis des années, les versions humaines côtoyées me renvoient ce défaut et me font reculer, me fondent en silences.

Des amis reviennent bien longtemps après un mot, une réaction pour me dire, je comprends, ou pire tu avais raison.
Ce sont des amis, j’avais pardonné. Qui suis-je pour ne pas les excuser? Ce fut parfois long, ou difficile. Je pensais aussi avoir tort et culpabilisais. Ah, ces torts partagés.
Il existe pourtant ces pressentiments, ces intuitions: une réalité augmentée qui nous parait évidente sur un évènement, une personne.
Je parlais avec franchise. Enfin, comment peut-on juger la franchise lorsqu’il s’agit de la sienne?
Cette façon de faire pouvait être déplacée, maladroite, brutale. Et comment distinguer la raison de la déraison.

Ce décalage entre un fond propre et une forme sale causait des soucis.
Un ami me dit, vingt ans après, tu avais raison. J’hésite entre une forme fossile de satisfaction et une colère sourde qui se rappelle mes déceptions face aux incompréhensions de l’époque.
En fait, il ne pouvait pas en être autrement: la forme, la présentation des choses.
Comme il parait que l’essentiel était de faire rire les femmes avant toute chose, la valeur de la présentation d’un sujet fait cinquante pour cent du chemin vers le succès. C’est vrai mais ça ne me ressemble pas. Et quant aux femmes, c’est un vaste sujet.

J’étais tout cela et j’ai l’impression de le perdre. J’étais attaché à mes élans.
Mes emportements, mon esprit caractériel me font avancer. Il arrive que je recule de deux pas mais la force du mouvement est suffisante pour continuer la progression de trois enjambées.
D’un côté, je combats ma naïveté, de l’autre, la préfère face au réalisme efficace de certains. Je l’interprète comme une forme de créativité (ne suis-je pas fou alors?). Scotch double face.
Professionnellement, je ne suis plus compatible à cette société commerciale et économique. Je m’aperçois que je ne tiens plus à cette correspondance de comportements car je deviens méfiant, calculateur, tactique.
Je passe un repas en silence, préfère ne rien dire, ne plus alimenter un débat. Cela arrive.
Ceux qui me connaissent savent dire alors, ça va?
Je réponds faussement oui mais veut hurler non. Putain, non, ça ne va pas, personne ne voit-il donc pas ce qui se passe?
Il est des jours où je n’arrive pas à accepter mais je crains la lassitude.

Faut-il approcher les 40 ans pour ouvrir les yeux au Monde?
Pourquoi tout ne pourrait-il continuer.

mercredi 11 novembre 2009

L’an souciant

Novembre, 1989, l’année des 18 ans. Je ne réalisais pas, cette histoire de mur, Berlin.
J’étais en terminale et fier de l’être, je trainais dans un lycée dont je maitrisais l’espace, j’avais mes repères, mes habitudes. Je ne savais pas réellement ce que j’allais faire plus tard. Plus tard, c’était pourtant dans quelques mois.
Je me souviens de certaines dates, point de celle-ci.
Les institutions ne nous apprenaient pas avec franchise et honnêteté, via les programmes scolaires, toutes les périodes de l’Histoire.
Avons-nous encore honte de l’Empire du petit Caporal, à ce point que les professeurs ne fassent pas état des réalités napoléoniennes?
Dès la fin de la Révolution, le 19ème siècle est historiquement oublié. Parlions-nous des raisons de la guerre de 1870, nous attardions-nous sur 14-18, sur l’intérieur de 39-45? Par quels bouts prendre l’Histoire?
Qu’étaient les cours allemands jusqu’aux générations actuelles? Et les nôtres.
Il y aurait une latence nécessaire, une attente pour la prescription des évènements. Il faut donc que les encore vivants ayant traversé ces méandres de l’Humanité aient disparus avec leurs souvenirs, leurs propos et emportent les cruautés.
Alors enfin, nous oublions.

Alors quoi? C’était la guerre froide, des mots comme socialisme et communisme qui ne signifiaient pas la même chose à droite et à gauche du mur. 
Peu m’importait.
Elevé dans des silences qui ne voulaient pas décrire les bombardements, dans un sens moraliste de ceux qui ont connu les guerres, mondiale, colonialiste, je n’étais pas conscient de tout.
Le Bien, le Mal, les religions, le besoin de se forger son avis, d’écouter, même en dilettante, le professeur de philosophie, j‘avais 18 ans et les filles dans la tête, le sport, les potes, les vacances, les sorties, les soirées, les premiers interdits qui sautaient, le sexe, la voiture à obtenir, les horaires de nuit qui se relâchaient, la télé dans la chambre, achetée grâce au travail du mois de juillet…
Qu’est-ce que je m’en foutais des berlinois, des polonais, des hongrois, des chars de la place Tian'anmen au printemps 1989.
Dans ce confort des banlieues, même dans le 9-3.
Je n’avais pas de conscience politique, sociale, économique. C’était volontaire.

Alors, le malheur des habitants de RDA… Qu’était-ce à côté de la bêtise de mots que j’employais. C’était curieux, cet héritage. La famille n’a jamais exprimé de haine envers l’Allemagne, mon père m’interdisait d’utiliser des mots comme boches, chleuhs, fritzs, qui plus est pour une confrontation sportive. J’employais ces termes, appris je ne sais où, j’arrivais à associer le traumatisme d’un conflit en digestion quarantenaire pour des futilités. j’ai haïs les allemands pour une demi-finale de mondial espagnole, j’avais des restes noyés qui réapparaissaient de mon inconscient. Ces sentiments, envers nos voisins, devaient bien venir de quelque part. Ils devaient prendre source dans les médias, insidieusement, au détour de Bourvil dans La grande vadrouille…
Les mentalités ont sacrément évolués depuis la chute du mur. J’ai évolué. L’âge des sentiments forts, des réactions excessives se passe.

1989. Je crois qu’il fallait cet évènement pour faire resurgir la logique humaine et l’amitié des peuples. Dans quelques années, les combattants de la seconde guerre ne seront plus. Nous oublierons encore. Pourvu qu’il nous reste l’essentiel, cette idée de plus jamais ça.
Berlin 1989, c’est en fait une ultime armistice qui clôt plus de cent années terribles, entrecoupées de conflits. Le fil de l’Histoire, tissé voilà plus d’un siècle est enfin coupé.

Je ne connais pas les programmes d’Histoire des classes de Terminale de 2009. J’ose espérer que tout y est, que ceux qui vont construire les sociétés comprennent qu’il n’y a plus de ruines à nettoyer, plus de revanches.
Car dans mon cas, j’étais bien insouciant à 18 ans, en 1989.

 

Post-scriptum: mais en 1989, pour les filles et la liste non exhaustive, ça valait le coup quand même d’être insouciant…

samedi 7 novembre 2009

1978, quelques départs…

- c’est qui ces gens là sur la photo?1978 12 31
- c’est mémon et Flo
- à non, ce n’est pas Flo, c’est sa mère, tata Corinne.
- et à côté?
- tonton Fabien?
- non, tu trouves qu’il lui ressemble? Imagine le avec des cheveux gris…
- ah c’est pépé,
- oui, et à côté encore, c’est qui ce petit garçon qui a le même âge que toi?
- 7ans?
- oui, 7ans sur la photo,
- … toi ?
- et oui, ce petit garçon, c’était moi au même âge que toi en ce moment.

Et la petite fille s’en va à ses occupations. Et je reste, un petit peu bête, un petit peu silencieux.
C’est ainsi. Il faut attendre bien des années pour s’intéresser à ses parents, leurs vies d’avant.

En 1978, Deng Xiaoping lance la réforme agraire chinoise, premier grand projet des Quatre modernisations du pays. C’était si … ambitieux, c’est si anachronique par rapport à la Chine d’aujourd’hui, c’est si impossible désormais. Et je ne sais pas ce qui était bien ou non. Entre admiration et incompatibilité.
Guerre du Liban, la même ou presque qu’il y a peu, négociations de Camp David entre Egypte et Israël et résolution 242 des Nations Unis, Saddam Hussein éjecte l’ayatollah Khomeyni d’Irak. Ces évènements s’étirent, se renouvellent, l’Histoire prend racines et les herbes folles s’étendent. Avoir toujours entendu ces conflits dès l’enfance banalise effroyablement les guerres. Est-ce fataliste, humain?
Jean-Paul I, 23 jours de pontificat et puis s’en va, se fait remplacer par Jean-Paul II, non italien (le premier depuis 1522), polonais, jeune (58 ans). Pourquoi ai-je l’impression Benoit l’a effacé et revient en arrière.

11 mars 1978, Claude François change une ampoule dans sa salle de bain. Ma sœur faisait tourner les 33 et 45 tours dans sa chambre. Elle a pleuré. Il y avait les tubes et ces faces B, ces chansons moins rythmées. Je préférais ces airs inconnus de la radio. Alors cela m’arrive, de farfouiller dans la discographie, de repartir en arrière, de toujours apprécier ces textes simples qui laissent passer un regard différent sur l’artiste électrique…
Jacques Brel part aussi, j’en ai déjà parlé.
Naufrage de l’Amoco Cadiz sur les Côtes d’Armor qui étaient encore le département des Côtes-du-Nord. Vigirate est crée.

Coupe du Monde de football en Argentine. J’ai ce premier souvenir d’une révolte enfantine. Je suis assis contre le buffet du salon, face à la télé noir & blanc et je regarde ce sport que je ne comprenais peut-être pas complètement. Il y avait des invités dans la salle à manger, ils faisaient du bruit, mon père surveillait du coin de l’œil le déroulement du match. C’était Argentine – France, je ne savais pas encore qu’il pouvait exister des tricheries organisées, des facilités arbitrales, de la politique dans le sport et le découvrais d’un regard naïf. Je comprenais que la France ne pouvait pas gagner, elle ne le devait pas, face au pays organisateur et pour des raisons que je ne maîtrisais pas. J’étais en colère, une sorte de colère d’enfant qui disparait rapidement; ce n’était pas la même que celle de 1982.

Sorties de la Cage aux folles et des Bronzés. Je n’avais pas encore tous les droits télévisuels, je devais attendre longtemps avant de les voir et curieusement, attendre encore pour les trouver drôles, puis quelques années de plus pour savoir l’équipe de Splendid incontournable de mon éducation, de mon vocabulaire.

1978, il parait que le punk-rock s’en va et que la New-wave arrive. The Cure, Police, The Stranglers…
Je suis heureux d’être contemporain de Dire Straits et de Toto.
Dans les albums de ma sœur, bien protégés dans son comble, à usage limité, interdit, il y avait Starmania. Pour elle, il était question de l’enfance qui se terminent. Voisine de chambre discrète, écart d’âge trop important, grande sœur, cette enfant qui devient adolescente, inconnue souvent, j’avais d’autres intérêts, d’autres amis, une vie différente.
Je prends une seconde, regarde ces héritages insoupçonnés qui s’ancrent en moi sans que je ne m’en aperçoive. Une façon d’être, des références musicales, un exemple à suivre.

goldorak A la télévision, premières diffusions de Goldorak. Nous avons tous ces dessins animés qui restent, si nouveaux dans le panorama des filles et garçons des années 70. Scénarii simplistes, répétitifs, de bons et de méchants, sans nuances grises, qui se doublent dans les cours de récréation. Au fond du grenier, chez mes parents, dans un carton recouvert de poussières, il y a toujours un robot noir, bleu, rouge d’une soixantaine de centimètres avec des cornes couleur or qui lancent des éclairs cornofulgur, un bras qui envoient de vrais missiles (qui se perdent derrière les meubles) et fait aussi fulguropoing, des clavicules qui se détachent en clavicogyre. Le robot pouvait détruire tous les golgoths en Légo et faire râler mes parents (les missiles…)…
J’étais Acturus et rien ne pouvait m’atteindre alors…

lundi 2 novembre 2009

Temps de saison

Déjà novembre.
Je sors un vieux mp3, légal, tiré du cd de l’époque, de 1998. Peut-on dire, vieux mp3. C’est de la variété française, c’est juste une mélodie, je ne sais pas pourquoi cet air là.

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Le temps passera lentement avant de savoir. C’est un peu ce que nous nous disons devant la machine à café.
Et l’autre con qui utilise ces petits moyens de petit chef: “Ah, attention au comportement, il faut être irréprochable, hein, parce qu’en ce moment, hou là, on ne sait jamais, pour ne pas être sur la liste…”
Bien entendu, le choix ne s’effectue que sur ces deux mois restants de l’année… Risible.
Petit rigolo. Alors je défie, je réponds, je suis effronté.

Nous observons toujours les évènements qui se trament en coulisse, nous pourrions en faire un roman. Mais déjà une centaine de postes perdus, dans une autre société, non loin de là, non loin de nous, au bout de ce téléphone. Les numéros sonneront bientôt dans le vide. Je les connais.
Je suis rattrapé par les annonces du journal de 20h. Je vois en direct le chiffre du chômage bouger sous mes yeux, je peux même faire le compte. C’est assez curieux ce (res)sentiment. Ce sont des histoires qui n’arrivent pas toujours aux autres. La compassion n’est alors plus d’usage, c’est autre chose, difficile à définir.
Il y a les premiers signes concrets du gâchis, du regret de voir des perles se ternir, de savoir que rien de tout cela n’était inéluctable.

Devant nos cafés matinaux, nous devisons pour de rien, nous noyons les derniers relents de motivation. Nous avons décidé sans le dire de ne pas faire comme ceux qui s’agitent, brassent de l’air, écrivent des mèls pour ne pas faire oublier leurs compétences, leurs irréprochabilités, leurs indispensabilités.
Alors nous rions ironiquement. Certains se découvrent, écrasent, pourvu qu’ils pensent rester à la surface. Cette aventure fait les sens francs.
Quelle situation. Je m’oublie parfois à remplir mes tableaux. Je m’arrête soudain, réalise le réflexe pavlovien, inutile, sans but. Je continue pourtant d’ajouter ces chiffres qui ne seront regardés par personne, d’ouvrir et enregistrer ces fichiers qui seront supprimés dans un trimestre tout au plus.

Les indicateurs sont au vert, nous savons déjà la forme que cela prendra. Les réseaux d’informations s’activent. Nous ne comptons pas sur les représentants du personnel, ceux-ci sont déjà dans le moule. C’est donc ainsi que cela passe souvent, partout.
Parfois, je suis partagé entre l’inquiétude du pointage au Pôle Emploi malgré quelques certitudes qui s’accrochent: je n’y resterai pas longtemps, je trouverai bien… ; partagé avec le soulagement qui viendra de la fin de cette aventure. Tellement partagé entre le désir de retrouver un nouveau job épanouissant (!) et avoir la fainéantise de me dire que je garderai les enfants quelques mois, profiterai du temps pour faire des travaux ou simplement recharger les batteries, que ce ne sera pas si mal.

Il y a encore tant d’énergie, de hargne.
Pourtant, la jauge de la pile clignote.
C’est une lassitude de saison.

vendredi 16 octobre 2009

Avis de déception

C’est assez symptomatique de la situation.
Je reçois un recommandé AR, je scrute la calligraphie de l’avis, essaye de reconnaitre. A 9h16, heure de passage, j’étais au bureau.
Je crois savoir… ces formes de lettres, mais c’était il y a plusieurs mois. C’était un constructeur automobile qui me rappelait à l’ordre car, selon lui, je n’avais respecté la campagne de vérification de je ne sais plus quel tuyau, capteur ou bouton électronique de son véhicule si fiable. Donc, il fallait me spécifier officiellement ma négligence par lettre recommandée. Pas pour s’assurer que j’avais bien réceptionné le pli mais pour se dédouaner juridiquement des conséquences éventuelles du défaut de fabrication.
C’était au printemps ou en hiver dernier, comment être sûr que la même personne m’envoyait de nouveau un recommandé? L’écriture me parle pourtant. J’ai pourtant régularisé la voiture depuis. Mais les méandres administratives sont si complexes…

Alors c’est symptomatique, je pense à l’entreprise, je pense à la méthode du patron, déjà usitée auparavant, déjà usée chez des collègues partis depuis. Je me dis être le bon prochain exemple du puni qui ne suit pas exactement les rails tracés par le Tout-Puissant. Il suffit d’envoyer une lettre, impersonnelle, lâche, un courrier qui doit arriver le vendredi, laissant le week-end pour réfléchir et empêchant la réaction… trop impulsive.
Il fait cela le patron, il l’a déjà fait.

Alors je réfléchis. Quelle erreur ai-je commise qui lui permette de faire cela, en toute impunité. Sûr, j’ai des idées très arrêtées sur ces méthodes, sa psychologie, ses résultats. Sûr, il le sait. Et puis après? Le travail est effectué, aussi bien que possible, sans doute pas aussi bien que s’il le faisait à ma place, mais il est fait, ce fichu boulot.
Le patron a le don majeur d’ubiquité et cette qualité indéniable de tout faire mieux que tout le monde. Il le dit, ça doit être vrai.
Alors comment justifier cette décision? Ok, incompatibilité de caractère. Mais il connait les prud’hommes, il a tant de dossiers sur le feu… D’ailleurs, c’est pour cela qu’il n’a plus peur. Il sait que les prud’hommes sont pénibles pour tout le monde, il sait que l’idéal est d’ouvrir les négociations.
Je réfléchis encore, quelle erreur? La rareté de la lettre recommandée entraîne le doute.

Je fais donc moins le malin. Je ne dis plus que le jour où ça arrivera sera un soulagement, une délivrance ou une ouverture, plutôt qu’une déception, une inquiétude ou une porte dans la gueule.
Je suis face à cet avis de passage, circonspect. Il est 18h20, je dois attendre demain, l’ouverture de La Poste, demain 9h, une nuit entière. Pourtant, je réalise la curiosité de cette situation. Dans un endroit de mon esprit, j’attends ce départ de l’entreprise, dans un autre coin de tête, je questionne mon irresponsabilité et mon immaturité face aux conséquences directes. Caprice au milieu d’une crise?
Je me dis que la façon de partir sera plus importante que le résultat. Un recommandé, ce n’est pas flatteur, reluisant, c’est déstabilisant, malhonnête. Faut-il avoir peur de la confrontation directe, de l’annonce d’homme à homme, entre quatre yeux? Avec explications, justifications, échanges.
Il a raison d’être inquiet.

Lui qui maîtrise la communication quand il la conduit, lui qui s’énerve aussi au premier désarçonnement et peut perdre sa contenance. Lui qui sait répéter un discours huilé, commencer une réunion par un mot d’humour pour détendre professionnellement, engueuler ou vanner fort la première personne qui pose une question de façon à décourager tous les autres, lui qui pourtant hausse le ton crescendo si l’autre tient tête. Il sait que je tiens tête si je sais avoir raison et être dans mon droit.

Je me persuade de reconnaitre l’écriture de cet avis; oui il s’agit bien de cette secrétaire de la concession Citroën. Je dois attendre.
Amusant comportement humain. Amusant petit moi.
Demain matin, j’ai rendez-vous à 9h à la banque, pour une demande de prêt, pour quelques travaux. Je passerai à La Poste juste avant, je gagnerai peut-être du temps… voilà, je deviens ironique, voilà, je me calfeutre.

Donc, il a réussi, il a crée ce climat délétère de doutes, d’inquiétudes. Il sait que c’est moyen de contrôler les gens, de les tenir.
Il sait qu’il ne pourra pas lutter contre ceux qui ne se soucient plus du lendemain dans son entreprise, ceux qui ont perdu espoir (ou lucidité), ceux qui sont véritablement prêts à partir, ceux qui ont déjà tourné la page.

Je réfléchis, je m’interroge, ai-je achevé cette réflexion personnelle qui me conduira ailleurs sans regret?
Cet avis de réception, c’est donc un test.
J’attends demain.
De savoir si le test sera grandeur nature.



Edit dimanche 18/10: Aussi curieux que cela puisse paraître, j'avais donc reconnu l'écriture rondelette de la secrétaire du concessionnaire. Ou était-ce la solution la plus facile à imaginer?
Cependant, un pas de plus dans la réflexion. Expérience.