Il est des victoires au goût amer. D’ailleurs, il ne s’agit d’ailleurs pas vraiment d’une vraie réussite.
C’est bien la peine de tenter d’éduquer les jeunesses et les adultes du pays avec des grands principes de justice, d’égalité et de fraternité.
Calé dans un canapé vide, ronflement canin aux pieds, cette qualification devient une honte, un sentiment de mal-être.
Il ne s’agit même pas de ce souci d’exemplarité que doit donner le sport professionnel, c’est simplement une absence de bon sens.
Pourtant fan de la première heure, je me force à accepter l’erreur arbitrale, comme un fait de jeu. Partagé entre la satisfaction de voir l’intérêt supplémentaire que sera la présence de la France en Afrique du Sud et le déshonneur de la méthode d’accession, je divague d’un état à l’autre.
D’un sens, je me dis que, pour une fois, l’erreur arbitrale est de notre côté, que bien des matchs perdus par la faute de l’homme en noir s’équilibrent avec la bévue d’hier. Une sorte de grand équilibre statistique.
De l’autre sens, je me dis que ça ne sert à rien d’aller concourir au Graal en juin 2010 avec un ticket d’entrée piraté, qui plus est, contre l’Irlande, irréprochable et méritante.
Mais “ce sont des choses qui arrivent”. L’arbitre n’ayant pas le don d’ubiquité, acceptons l’erreur d’aveuglement. Une faute de plus, ce ne sera pas la dernière pour un match de football, ni la dernière main dans la surface, ni la dernière injustice. Il y avait moyen de faire autrement, une question de l’arbitre, des joies moins intenses, plus modestes. L’Irlande a demandé à la Fifa de rejouer le match, cela ne se fera pas.
Autres choses me choquent au plus haut point: pour une fois, la Fédération Française de Football et la Ligue Professionnel de Football ne se tirent pas mutuellement dans les pattes pour des divergences d’intérêts financiers, les deux organismes ont une même voix : la négation totale et sans compromis du principal fait de match d’hier soir, la main volontaire de Thierry Henry, capitaine de l’équipe de France qui vole l’Irlande d’une compétition méritée.
La France de Sarkozy et sa politique du mérite ne sont encore une fois, qu’un leurre démagogique.
Les institutions nationales du football ne font pas référence, ni amende honorable, ni s’excusent, ni réagissent avec la moindre honnêteté.
Sur le site de la FFF, un article sur Henry: « Henry dans les pas de Thuram ». C’est un comble de mettre en valeur la longévité et la qualité de sa carrière à ce moment là.
Le résumé du match ose ne parler de rien d’autre que du résultat satisfaisant.
Dans les réactions d’après-match, seul un joueur fait référence à « un coup de pouce du destin ».
Sur le site de la LFP : un article reprenant le déroulement de la partie avec uniquement : « Henry contrôlait et centrait en retrait pour Gallas ».
A côté de cela, Trapattoni, sélectionneur de l’Irlande, est irréprochable. Lui, d’origine italienne, avec un palmarès inaccessible au commun des entraineurs, lui de cette nation transalpine traitée de tricheur il y a peu par notre propre entraineur national Domenech n’ayant absolument rien gagné.
Peut-on accepter le comportement des officiels français face à l’interview du Trap’ (à lire résolument sur l’Equipe.fr).
L’italien irlandais de 70 ans est fin et efficace, même s’il s’agit peut-être de manipulation expérimentée de journalistes.
Les médias étrangers se sont emparés de l’affaire et clouent la France au pilori. Avec mérites, puisque nous ne regrettons rien. Cela promet en juin prochain…
Alors donc, l’essentiel est le résultat. Il ne faudrait retenir que cela.
Après partages incessants avec amis et collègues depuis hier soir, 23h30, la seule conclusion est une honte certaine. Une honte que des personnes responsables comme Escalettes, Domenech, Sarkozy, Thiriez n’expriment pas.
La France, donneuse de leçons depuis des siècles, est décidément rentrée dans le rang.
Après, il ne s’agit que de football, de sport, de loisirs. Il ne s’agit pas d’afghans et de frontière, de trafics d’armes, de batailles de clochers politiques.
Alors justement, parce que ce n’est qu’un match de foot, même économiquement rentable, même avec 22 guignols surpayés, parce que ce n’est que ça, cela devrait être plus simple de reconnaître l’erreur, d’avoir la modestie de la victoire, de ne pas “savourer” comme le fait Domenech.
Je supporterai l’équipe de France comme je détesterai définitivement les instances sportives actuelles de mon sport favori.
Je rentre dans ma bulle. Triste, sans fierté, sans goût.
PS: Et je n’ai pas entamé une moindre ligne sur l’absence de fond de jeu, l’insipide façade de l’équipe, l’inexistence totale de mental, bref sur la nullité du football français, à l’image de son sélectionneur qui arrive à me plonger dans des abymes de perplexité.