vendredi 10 février 2012

Moulinets

Normalement, il faudrait que je rentre. Déjà, bientôt, mi-février, je n’ai rien écrit, je n’écris plus rien. D’un extrême à l’autre, d’envies et des impossibilités quasi techniques. Enfin, si je voulais, je pourrais. 18h37, je lance le traitement de textes autrement que pour rédiger des devis, des contrats, des cahiers type et des lettres à l’encontre de grandes sociétés. J’aimerai reprendre ce que j’avais commencé l’an dernier. C’est fou, c’était déjà, je pense enfin, l’an dernier et j’ai noirci des dizaines d’écrans avec un besoin et des idées.
Il est possible que tout cela mérite plus de temps que ce que j’avais imaginé. On n’explique pas soixante-treize et quarante ans comme cela, en se jetant sur le clavier à tête perdue.

18h42, vendredi soir, extérieur nuit. Tandis que je sens une construction et des projets qui m’assaillent en soirée et s’assoupissent en journée, j’ai envoyé ces dernières semaines des lettres contre le monde entier et particulièrement contre un constructeur automobile français et une chaine de télévision payante. Pour l’un, c’était une page à 1700 euros, pour l’autre, c’était vingt lignes pour 1 euro mensuel. Pour les deux, parce que j’en ai ma claque de laisser faire parce que c’est comme ça, parce que c’est plus facile, parce voilà. Ok, certes, ça ne sert pas à grand chose, avec ma tête de pot en terre contre ces grandes compagnies en fer, mais pendant ces instants où je couche sur papier ces mots, j’ai l’impression de leur dire que merde, ça suffit, nous ne sommes pas tous des veaux.

18h47, c’est presque le week-end, sauf que je suis d’astreinte téléphonique et que la semaine a été d’une merditude assez incroyable (nous avons opté pour une notation de nos journées de merditude, le mardi 7 février a 9 sur 10, c’est ambitieux comme première évaluation mais cela nous semble juste).
J’entends les grandes illusions que gauche et droite vont nous faire gober dans les mois, années à venir, je suis de plus en plus persuadé de l’injustice, l’inégalité et aussi de ma propre incapacité à vouloir changer les choses.
Je ne sais plus dans quel film, je regardais (Lanvin dans le Fils à Jo il me semble) dire que face à certaines personnes, à un moment donné, il n’y avait plus que la tarte dans la gueule qui pouvait fonctionner. C’est vrai.

Sauf que la tarte, je ne suis pas assez courageux pour aller la balancer. C’est frustrant.

18h53, à la maison, tout le monde est rentré et je tapote ici. Je m’étais dit qu’il faudrait attendre fin 2013 pour être sûr que l’aventure dans laquelle je suis entrainé soit une bonne idée. Il reste 22 mois, c’est insupportablement long pour quelqu’un qui n’aime pas être surpris par un coup de fil ou par le lendemain. Dehors, c’est encore négatif, j’ai les jointures des doigts gercées, les pieds froids et une frilosité constante, comme si je ne dégageais plus assez de chaleur. Mon usine personnelle n’est plus aussi efficace qu’avant. Je ne sais pas “avant quoi” d’ailleurs.

Je crois que les incohérences rencontrées quotidiennement dans mon entourage professionnel pseudo humain accaparent toute mon énergie. Je m’étonne de moins penser à mon père, à ma mère. Je ne sais pas ce que je préfère, cette excuse et cet argument, ou me dire que le temps fait cela. En fait, il est possible que mon cerveau se verrouille lui-même, en mode protection, pour continuer à fonctionner à peu prêt correctement. Comme si mes préoccupations de boulot devaient noyer le reste, en attendant que je puisse y penser sans trop de mal. C’est un effet placébo ou une méthode Coué. Plus ou moins inconsciente.

19h04, il faut vraiment que je rentre.

Bien des choses ne sont pas encore recollées. J’aurai pu ou dû voir des potes récemment, je n’en ai pas eu envie. Je n’ai pas plus envie de sortir déjeuner dimanche midi. Je cherche le temps de ne rien faire, et pourtant, à chaque fois que je pourrais être posé comme un vase dans un coin, je n’arrive pas à regarder les poussières qui volent.

Je me demande parfois –souvent- pour quelle(s) raison(s) je serre les dents ainsi
(en plus ça doit abimer l’émail).

dimanche 1 janvier 2012

Entre veille et réveil

Nous n’avons pas vraiment fêté le réveillon du nouvel an, pourtant, j’y pense déjà comme un bon souvenir. Certes, nous avions laissé nos enfants avec ma sœur et sa famille et ma mère et nous n’étions que deux, mais il n’y a pas de bonne formule. Il fallait que la recette corresponde au menu nécessaire.

Je ne me voyais pas faire face au décompte de la fin du 31, avec tout ce que cela suppose dans les premières secondes de l’an suivant. Les souhaits de 2012 pourraient être nombreux, sincères, nous pourrions nous dire que la santé, c’est important, nous serions comme tout le monde à respecter ce drôle de rite qui finalement, ne change pas grand chose à l’univers qui nous entoure et à notre vie quotidienne.

Ou alors, ces vœux constitueraient le signe de la vidange psychologique que nous nous imposons pour continuer à avancer et à espérer que, bientôt, demain, tout ira bien mieux, puisque ce n’est pas le même chiffre noté en bout de date pendant les 365 prochains jours. Nous sommes bien imprégnés de la coutume et je crois que nous y croyons. Quelque part, au fond de nous, inconsciemment.

J’aurai pu, j’aurai dû peut-être, achever cette année en famille. Mais la famille a été amputée d’un membre depuis six mois. Pour moi, il s’agissait d’une jambe, la plus forte, celle sur laquelle, sans le savoir, sans vraiment m’en rendre compte, je m’appuyais tous les jours de ma vie depuis 40 ans. La coupure a été assez nette, rapide, brutale, soudaine mais la cicatrisation est lente. Je ressens une plaie, par endroit, encore à vif qui nécessite des pansements, mais aucune médication. Parfois, je me rends compte qu’il me faut cette douleur, qu’elle m’est nécessaire pour vivre, ou survivre. C’est peut-être pour cela que j’écoute certaines chansons plus que de raison, ces airs et ces paroles, je les écoutais déjà au début de l’été dernier.
Je claudique, je  boite, j’oscille avec maladresse sur mon déséquilibre récent.

La reconstruction physique et psychologique passera par mon adaptation à supporter le manque, l’absence. Je n’essaie même pas de me trouver une prothèse, non, je veux apprendre à marcher de ce nouveau pas. Je vais essayer de renforcer mes autres piliers. J’ai de la chance, j’en ai autour de moi, deux, trois, qui soutiennent, qui tiennent, qui partagent. Je devrai aussi créer un balancier pour que mon poids ne soit pas uniquement lourd et deviennent insupportable et, au contraire, je devrai être capable de porter les autres pour que l’édifice soit solide et que rien ne se brise.

Alors nous avons réveillonné à deux, nous n’avons pas échangé de longs mots dont la valeur n’aurait pas été exacte. Vers minuit, nous avons entendu, ailleurs, des pétards, des cris, des mugissements de trompettes, sans doute des vuvuzelas ressorties pour l’occasion; le chien est venu nous surveiller et se rassurer à l’entrée de la chambre; dehors il faisait doux pour la saison, dans la maison aussi.

Des tas de gens ont fait la fête, se sont embrassés, comme nous n’avions déjà fait, comme nous le feront probablement, parce que, nous ne sommes pas, enfin, ce sera possible.
Il parait que c’est différent, le vide, au bout d’un an. Mon pote, celui qui avait perdu son père un an avant, me l’a expliqué. Mais bon, il n’en parle pas trop, peut-être que non. Je ne connais pas le nombre de mois suffisants pour oublier en continuant d’y penser.

Je n’ai pas envie de trop souhaiter la bonne année, ça sonnerait faux, peut-être. Un peu parce que je sais que ça ne sert à rien, que ça n’évite rien, mais je le ferai probablement car c’est ainsi que c’est souvent mieux. D’ailleurs, je me surprends à le faire dés le premier jour, sincèrement. D’ailleurs, les autres ne m’ont rien fait, il méritent des souhaits, des vœux et pour peu que l’on y croit…

Si je me relis, peut-être trouverais-je dans ces lignes une résolution à la con. J’espère qu’il existe des résolutions tenables.

lundi 26 décembre 2011

L’éclusier

J’avais demandé à mon père (je l’avais plutôt poussé à, façon insistante à la limite de la pénibilité déclarée) d’écrire ses mémoires. J’avais pris conscience que je ne connaitrais pas tout, qu’il y aurait des vides persistants dans la vie de mes parents. Plus encore, je voulais connaitre son enfance, avec ses huit frères et sœur. Je souhaitais lire les relations familiales, le décès accidentel de Bernard, l’oncle dont je porte de prénom en troisième place, les accords et désaccords, éventuellement comment il connut l’amour, et puis ma mère.
Je l’ai souvent questionné, alors, où tu en es?, t’as commencé? t’avances? j’avais des réponses évasives malgré le fait que je savais qu’il avait débuté quelque chose.

J’ai discuté ce weekend avec le frère numéro six dans l’ordre chronologique, celui qui reste le plus proche et qui appelle ma mère tous les jours depuis le 28 juin. J’ai la même impression, évasive, mesurée qui me dit en filigrane tu sais nos vies ne sont pas très intéressantes, nous n’avons rien fait de si extraordinaires qui mérite d’être conté. Le grand-père était pareil, il n’a jamais rien dit de sa résistance de 1944. Il faut que je trouve par hasard un article sur Wikipedia. Il y a une mixture magique, mélange de timidité, de modestie et d’humilité dans ces comportements. Ils ne se mettent pas en avant.

J’ai l’idée absurde de vouloir mieux connaitre le vingtième siècle par des livres et des illustrations afin d’imaginer que j’obtiendrai des informations sur la jeunesse de mon père et sur sa vie d’adulte. Je crois que c’est absurde mais je gagnerai probablement un peu de culture générale et plus d’idées reçues interprétées par d’autres que moi.

Bien plus démonstratives que ces photos et articles entassées à mon chevet, il y a ces quatre pages enregistrées sur le disque dur. Depuis cet été, je n’ai pas encore eu le courage de les lire. J’ai fait mine d’utiliser les diagonales pour apprendre, mais c’est inutile. Je commence, espère et bloque les freins à la septième ligne lorsque mon père s’interroge sur les raisons de ma demande. Il pensait que cela nous éviterait de ressentir le vide dont il avait pris conscience à la mort de son propre père puis au décès de sa mère. Systématiquement, je ne vois plus la ligne suivante. Il ne se doutait pas que sa réflexion me mettrait dans un terrible abyme, en écho du sien. Il ne songeait pas que sa souffrance d’alors me serait démultiplier aujourd’hui en passant d’une génération à l’autre.

J’imaginerai sans doute ses aventures plus que je ne les découvrirai. C’est ainsi.

Hier, c’était Noël. Bientôt, je dirai au revoir à cette année, en espérant que le temps fasse son œuvre. Je m’accroche sans me suspendre et, par instants trop longs, en ce moment, je me dis que je n’y arrive pas.
Je repense à cet article scientifiquement vulgarisé qui expliquaient les pleurs comme l’expression du surplus émotif et me dis que je dois de cette manière me purger régulièrement pour éviter le débordement en ouvrant des écluses. Je me persuade qu’une fois le niveau abaissé, je serai apaisé pour jours ou semaines.

Enfin, on verra bien demain.

C’est étrange, face aux malheurs du Monde. C’est incohérent.

Sans que ce soit une quelconque solution en quoi que ce soit, je n’ai pas envie du 31, de minuit et des embrassades. Car je sais de façon inévitable que cette transition rituelle sera anormale. Si j’ai un peu de chance ou un soupçon de volonté qui sera interprété par un sale caractère redondant ou un caprice de quarantenaire immature, je serais parti vers vingt-trois heures.

Je crois que je dois rentrer, on m’attend.

vendredi 25 novembre 2011

Voies sécantes et parallèles

Encore une date du jour d’après passée. Hier, il aurait eu 73 et j’y ai pensé moins de cinq minutes après avoir posé un pied à terre.
Ma mère lui a offert de belles fleurs et a fait le tour de toutes les connaissances du coin. C’est que le temps passant, il ne s’agit plus de retenir le nom des rues et des avenues des villes mais connaitre l’allée du cimetière et compter les tombes à partir du début pour rencontrer les gens. D’un sens, c’est plus simple, c’est très écologique, le carburant est économisé, il n’y a qu’une seule véritable adresse. Aussi, c’est plus sain, rien à craindre des ondes téléphoniques émises à travers les portables, la ligne matérielle a été coupée.

Vraisemblablement, ma situation a changé. Je m’accommoderais du gouffre de l’absence. Ce serait donc vrai, comme quoi, la vie continue, que le temps bla bla. Disons que l’effet est différent, bien plus sournois, lorsque l’activité au travail est ralentie, quand je pense souffler.

J’ai terminé un très bon livre, Une vie française de Jean-Paul Dubois (Prix Fémina 2004) m’ayant permis de m’évader tout au long d’une autre existence. Au milieu de l’ouvrage, en deux simples pages, le décès du père résonnait en écho dans ma tête. Je parallélise tout ce qui m’entoure avec l’évènement du début d’été. C’est ainsi et je n’y vois pas de mal.
Une question se pose, quant à savoir si je m’oriente dans la bonne direction et que je ne m’accroche pas trop au passé, comme si désormais, ce qui était devant était moins important que ce qui a été vécu.

Alors, je donne moins d’importance à certains soucis du quotidien laborieux (je ne sais que ce n’est pas volontaire), je me dis qu’il faut profiter en desserrant par moment le frein à main. Ce n’est pas dans ma Nature. La période est curieuse. Je pressens que la crise n’est que le début des catastrophes qui nous attendent; j’ai tendance à croire que les vies seront différentes dans deux ans, parce qu’il se passera quelque chose qui nivèlera les valeurs, les positions et la situation globale.
Peut-être bien, que sous un certain regard, la fin du Monde de décembre 2012 sera réelle, la fin des quotidiens vers d’autres obligations.
Ou alors tout continuera, parce que c’est ainsi et que l’échelle de référence est disproportionnée par rapport à nos petits problèmes.

Mes enfants grandissent, je le vois mais ne le regarde pas. Peut-être qu’ils ont l’un et l’autre déjà passé la moitié du temps de cohabitation avec leurs parents. L’un a 11 et aura 22, l’autre a 9 et aura 18.

Curieusement, je m’attache à 2008 comme point de départ entre “tout va bien” et “l’inquiétude de la catastrophe qui arriverait”. J’ai dû bifurquer à un certain carrefour comme il en existe dans toutes les existences et prendre une direction différente des années précédentes.
Depuis, conscient, je tente de resserrer les fils pour revenir les rails. C’est idiot de penser réussir car on ne maitrise pas le véhicule.

Applications géométrique et rationnelle des vies.

vendredi 11 novembre 2011

En vies

Je ne sais plus vraiment combien de temps ça fait. Enfin, je sais qu’il y a eu un changement de saison et d’heure. Je ne compte plus en fait.
Bientôt, cela aurait été son anniversaire. Il y a peu, c’étaient les premiers anniversaires sans lui. Effectivement, tout a changé. Il va y avoir des tas de premières fois sans. J’attends donc de ne plus penser ainsi mais cela viendra sans que je m’en aperçoive. C’est devenu si différent pour ma mère, en surmultiplié.
Cette semaine, un de ses amis est parti aussi. Je n’en ai rien ressenti.

J’ai l’humeur vagabonde et je ne m’attache plus aux mêmes choses qu’avant, comme si, probablement, il y a eu un avant et un après. Je combats une tension constante, interne qui s’extériorise du côté des cervicales et de l’estomac.

Souvent, je me dis que les autres ne peuvent pas comprendre. Encore moins qu’auparavant, c’est dire. Certains tentent le coup quand même, mais tombent à côté, mais je ne dis rien, je dis que ça va et nous changeons de sujet parce que je perçois que ce n’est pas la bonne aide.

L’autre soir, j’ai passé deux coups de fil. Et puis, mes potes n’étaient pas à l’écoute à ce moment là. Je ne peux pas leur reprocher, ils sont dans leurs histoires, un petit peu dans leurs bulles, comme je flotte dans la mienne. Ce doit être rare d’être en communion d’état d’esprit ainsi.
Ils ont bien essayé d’être présents mais bon. J’aurais voulu qu’ils soient téléportés à mes côtés en un instant juste pour une soirée, mais ça ne se passe pas comme ça, la vie.

Je recherche mes envies, je sais que je ne peux pas me relâcher, surtout à cause du boulot, qu’il ne faut pas lâcher, ce serait trop bête. D’autant qu’avec le bordel ambiant, les mois passent et je n’aime pas absolument pas ce que j’aperçois tout au bout. La pente est savonneuse et il faudra bien ramener un salaire à un moment donné. Dire que nous souhaitions créer et sécuriser notre propre emploi.

Je n’ai plus les moyens (je me les astreints) de mes ambitions de vie alors je dois revoir tous les référentiels. Parce que je suis impatient.
Et puis … merde alors.

A un moment, tout se re-stabilisera. Ou il y aura d’autres basculements. Je compte les piliers qui me soutiennent. Dans un an, plus, je ne souhaiterai pas me relire. Ou alors, j’essaierai de trouver dans ces phrases d’autres prémices.

Il y a des moments plus que d’autres pour lesquels j’aimerai jeter un coup d’œil à demain.

mardi 27 septembre 2011

Après, un pas

Ce seront des banalités.

Demain, ce fera trois mois, je n’arrive pas à comprendre si c’est long ou c’est court, si je dois penser déjà ou enfin.
Heureusement, il y a quelque chose qui pousse au cul, qui oblige à avancer. C’est peut-être l’envie de se dire qu’il n’aurait pas voulu que je reste comme un con.
Il m’est arrivé d’y penser, de songer qu’il partirait un jour, parce que c’est la force des choses, la logique généalogique. J’imaginais comme ce serait difficile et je changeais de sujet de pensées. En fait, l’épreuve est au delà de tout.
Je me dis que j’ai été –je suis- trop gâté. Comme un gosse, je me retrouve, comme si je n’avais pas quarante berges.

Je lutte, c’est étrange. Je navigue dans une bulle. Il me reste tant à faire.

mardi 9 août 2011

“ … “

Vide.
Absence.

Depuis ce putain de 30 juin, toutes mes pensées et tous mes écrits vont vers mon père.

Simplement.